*Japan Sinks: 2020*, c’est l’histoire d’une famille ordinaire, pas du tout préparée, plongée d’un coup dans la catastrophe ?

En gros, oui.

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En gros, oui. Mais plus qu’un guide sur les bons gestes en cas de catastrophe, c’est un anime qui vous fait sentir ce qui se passe quand une famille normale perd, une par une, toutes les protections que la vie en ville nous offre sans qu’on y pense. Le synopsis officiel le dit clairement : une famille « tout ce qu’il y a de plus ordinaire » vivant à Tokyo commence à fuir après un énorme séisme [1][2].

La vie en ville ne tient que parce que les routes, l’eau courante, l’électricité, les hôpitaux, les pompiers, le réseau téléphonique, les livraisons et l’administration fonctionnent tous en même temps. Les premiers épisodes font tout tomber, l’un après l’autre. La tour de Tokyo se brise. Un hélicoptère s’écrase avant même d’incarner le fameux « les secours arrivent ! ». Une zone industrielle explose. Les routes se fendent. Les quartiers bas sont inondés.

Dans un film de monstres, on peut au moins se dire : « Il suffit de s’éloigner de Godzilla. » Dans Japan Sinks: 2020, l’ennemi, c’est le sol, l’eau et tout ce qui cesse de fonctionner. Quand l’ennemi, c’est le sol, impossible de le semer : il vous suit partout.

Le réalisateur Masaaki Yuasa a expliqué s’être appuyé sur le souvenir du grand séisme de l’est du Japon de 2011 et sur des simulations de catastrophes, avec l’envie de faire réaliser au public ce qui protégeait les gens ordinaires au quotidien [3]. C’est pour ça que la série montre rarement l’ampleur des dégâts à l’échelle du pays, vue d’en haut. La peur vient du fait de ne rien savoir : « un truc a explosé au loin », « c’était une rue il y a deux minutes, maintenant c’est de l’eau ».

1. Tokyo est quasiment rayée de la carte dès l’épisode 1

La densité de destruction au début est délirante. La tour de Tokyo ne « tient bon » pas du tout : le haut se brise et pend dans le vide. Ensuite, un hélicoptère en feu part en vrille et s’écrase. Quand même les secours y passent, la petite assurance de tout film catastrophe, « tiens bon, quelqu’un va venir nous sauver », s’envole.

Puis une énorme explosion secoue ce qui ressemble à une zone industrielle. Lors d’un grand séisme, canalisations, cuves, installations électriques et dépôts de carburant peuvent céder en même temps, donc incendies, fuites de produits dangereux et explosions en chaîne sont un vrai danger en ville. La série ne s’arrête pas pour expliquer. Elle place juste un « boum » au loin, et on se retrouve aussi perdu que les personnages : « Une centrale ? Une usine ? Qu’est-ce qui vient d’exploser ? »

Et sur les téléphones et aux infos, on commence même à lire que « Okinawa a sombré ». Bien sûr, Okinawa est un archipel, pas un continent, mais le rythme est déjà digne de Dragon Quest VII.

Tokyo : déconnectée.
Routes : déconnectées.
Hélicoptère : déconnecté.
Zone industrielle : déconnectée.
Okinawa : les données de la carte ont l’air louches.

Un film catastrophe classique garderait « Tokyo détruite » pour le grand final. Cette série s’en sert comme tutoriel.

2. Le tsunami n’arrive pas en mur d’eau géant : quand on s’en rend compte, il est déjà là

Ce qui frappe, c’est que la série ne transforme pas toujours l’arrivée de l’eau en grand spectacle. Le synopsis officiel de l’épisode 2 dit simplement que « la montée des eaux menace le sanctuaire où ils se sont réfugiés » [4]. D’un coup, on remarque que les rues et les zones basses sont déjà sous l’eau, et que l’eau continue de grimper vers les hauteurs.

Ça colle plutôt bien aux vrais tsunamis. Un tsunami n’arrive pas forcément sous la forme d’un seul mur bleu comme au cinéma. Sur les côtes et le long des rivières, il peut se manifester par une montée très rapide du niveau de l’eau avec des courants violents, et revenir plusieurs fois. L’Agence météorologique du Japon demande aux personnes sur la côte ou près des cours d’eau de rejoindre immédiatement un point en hauteur ou un bâtiment d’évacuation anti-tsunami, et de ne pas revenir avant la levée de l’alerte [5].

Donc « je partirai quand je verrai la vague », c’est trop tard. Cette sensation de « attends, depuis quand l’eau est montée jusqu’ici ? » fait d’autant plus froid dans le dos qu’elle est discrète.

La série est sortie en 2020, 9 ans après la catastrophe du 3.11, et ce n’est pas anodin qu’elle n’ait pas fait du tsunami un simple moment spectaculaire. Cela dit, je n’ai trouvé aucune source directe où le réalisateur dirait avoir renoncé à une vague géante par égard pour les victimes du 3.11. Ça reste donc une interprétation, pas un fait.

3. Les séismes de magnitude 7 sont-ils fréquents ? À l’échelle du monde, oui. Mais 9,5, c’est une autre histoire

Si vous vous demandez si les séismes de M7 sont fréquents dans le monde, la réponse est : quelque part sur la planète, il y en a plusieurs chaque année. D’après les relevés à long terme de l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), on compte environ 15 séismes de M7 par an et à peu près 1 de M8 ou plus [6]. Sur les quelque 10 dernières années, la moyenne tourne autour de 13 séismes de M7 par an [7].

Le plus fort séisme jamais enregistré reste celui du Chili en 1960, de magnitude 9,5 [8]. L’échelle de magnitude est logarithmique : un M9,5 libère environ 5600 fois plus d’énergie qu’un M7.

Mais un M7 ne secoue pas toute la planète avec la même force. Les dégâts dépendent de l’endroit, de la profondeur, du sol, du nombre d’habitants, des bâtiments et de la présence ou non d’un tsunami. Une des raisons pour lesquelles une société encaisse une grande catastrophe, c’est que les régions épargnées peuvent prendre le relais : elles envoient de la nourriture, des soignants, du personnel, du matériel électrique et de quoi rétablir les communications.

Ce qui rend Japan Sinks: 2020 effrayant, c’est que ces régions de secours tombent à leur tour. Comme si Tokyo s’éteignait, que tout le monde se rabattait sur Osaka, et qu’Osaka commençait à s’éteindre aussi. La catastrophe emporte le plan B avec la carte.

Au passage, l’USGS indique qu’aucune faille connue ne peut produire de manière réaliste un séisme de M10 ou plus [9]. Pour un M12, il faudrait une faille plus grande que la Terre.

En revanche, si l’on remonte aux débuts de la Terre, on tombe sur l’impact géant qui aurait donné naissance à la Lune. La NASA présente comme explication la plus solide la collision, il y a environ 4,5 milliards d’années, d’un corps de la taille de Mars, appelé Théia, avec la jeune Terre [10]. Là, on n’est plus dans « c’était de magnitude combien ? ». C’est la planète entière qu’on reconstruit. Aucun plan d’urgence ne tient : tout le monde a perdu.

4. Un continent peut-il couler d’un seul coup ? Pas à la manière de Dragon Quest VII

Aucun cas confirmé de continent entier englouti en quelques minutes ou quelques heures par un seul séisme. De grands séismes ont déjà fait s’affaisser des côtes de plusieurs mètres, mais effacer un continent en une journée, c’est une tout autre échelle.

En revanche, un continent presque entièrement sous l’eau existe bel et bien : Zealandia, autour de la Nouvelle-Zélande. Il couvre environ 4,9 millions de kilomètres carrés et, selon l’institut néo-zélandais GNS Science, environ 94 % se trouve sous le niveau de la mer [11]. Mais ce n’est pas « hier la terre, aujourd’hui la mer ». Sa croûte s’est étirée et amincie en se séparant du Gondwana, sur une durée géologique immense.

La vraie Terre : « Je le coule en quelques dizaines de millions d’années. »
Dragon Quest VII : « Événement de la tablette de pierre : île supprimée. »
Japan Sinks: 2020 : « Carte mise à jour en à peu près un épisode. »

Pour un géologue, cette vitesse de traitement, c’est un bug.

5. Route, montagne ou rivière ? Chaque option a son propre piège

« Si les routes se fissurent, la montagne ne serait-elle pas plus sûre ? » C’est logique, mais pas si simple.

Lors d’un grand séisme, une route peut se fissurer, former des marches, perdre un pont, voir son remblai s’effondrer ou se déformer à cause de la liquéfaction du sol (quand la terre se comporte comme de la boue). Le ministère japonais du Territoire, des Infrastructures, des Transports et du Tourisme explique que la liquéfaction peut déformer la chaussée, faire remonter les plaques d’égout et les canalisations enterrées, voire faire couler tout le terrain [12].

Mais en montagne, il y a les glissements de terrain, les chutes de pierres, les effondrements de pente et les coulées de boue. La rivière attire parce qu’il y a de l’eau, mais elle peut déborder, ses berges et ses digues peuvent céder et, près de la mer, un tsunami peut la remonter. Le gouvernement japonais désigne des lieux d’évacuation différents selon le type de catastrophe (tsunami, glissements et coulées de boue, inondations, séismes, etc.), justement parce qu’un endroit sûr face à une catastrophe ne l’est pas forcément face à une autre [13].

En une phrase : un terrain en hauteur et plat, assez loin de la mer et des rivières, à l’écart des pentes raides, des falaises et des vallées, et dont on sait qu’il est sûr.

Autrement dit, pas « direction la montagne », mais « direction un endroit en hauteur et sûr ». Dans cette série, les routes se fendent, l’eau s’infiltre et la montagne peut s’effondrer : choisir son terrain, c’est le mode cauchemar.

6. Rivière + sanglier = on est sauvés ? Plus de nourriture, mais la nourriture se défend

Dès que la famille atteint la montagne, les ressources de survie apparaissent. La rivière, c’est de l’eau ; la forêt, du bois de chauffage ; un sanglier, une montagne de viande et de graisse. On passe d’une seule bouteille de 500 mL à partager dans un centre d’évacuation en ville à « il y a de l’eau qui coule » et « le dîner se promène ».

Mais une eau de rivière qui a l’air claire n’est pas forcément potable. Après une catastrophe, elle peut contenir des eaux usées, de la boue, des hydrocarbures et des microbes. La faire bouillir élimine beaucoup de germes, mais pas la pollution chimique : ce sont deux problèmes différents.

Et puis il y a le sanglier. Le matériel promotionnel officiel montre d’ailleurs Koichiro, le père, en train de se battre avec l’un d’eux [14]. Du point de vue d’une personne lambda, ça donne ça :

Humain : « De la viande ! »
Sanglier : « De la viande ! »

Si on arrive à l’abattre, c’est énormément de calories. Mais le gibier peut transmettre le virus de l’hépatite E et des parasites, et le ministère japonais de la Santé demande de le cuire jusqu’à 75 °C à cœur pendant au moins 1 minute, ou l’équivalent [15]. Et sans électricité, pas de frigo. Une grosse bête, c’est beaucoup de nourriture, mais aussi beaucoup de travail à finir avant que tout se gâte.

7. Une bouteille de 500 mL, un corps qui consomme beaucoup et les pieds nus : le matériel banal compte le plus

Au début, il y a des scènes où une seule bouteille d’eau de 500 mL semble valoir de l’or. En temps normal, on la boit d’une traite ; quand l’eau est coupée, elle appartient à tout le monde. Le grand-père qui la boit à petites gorgées a l’air attendrissant, mais en réalité, il gère très bien une ressource vitale.

En général, les personnes plus grandes, plus musclées ou plus actives ont besoin de plus d’énergie et de plus d’eau. Si tout le monde reçoit la même ration, les corps « gourmands en carburant » sont désavantagés. Mais pour survivre quelques jours, la déshydratation devient un problème bien avant la faim.

Quant à marcher pieds nus, c’est vraiment dangereux. Après un grand séisme, les rues sont jonchées de verre, de clous, de bouts de métal, de gravats et d’eau sale. Une coupure au pied, ce n’est pas juste « aïe » : on marche mal, on risque une infection, et il n’y a peut-être personne pour soigner. Le combo triple.

Dans un jeu vidéo, les chaussures, c’est l’équipement de départ sans intérêt. Dans la vraie vie, c’est un objet rare.

Épée : on peut marcher sans.
Chaussures : sans elles, on ne peut plus.

Quitte à retourner à l’état sauvage, autant garder des pieds civilisés.

8. Koichiro, le père qui sait tout faire : l’homme dont la valeur explose quand la civilisation s’arrête

Le père, Koichiro, est solide. La présentation officielle de Netflix le décrit elle-même comme un père fiable, doué pour la survie [2]. Il guide la famille sur les sentiers de montagne, trouve de l’eau, se bat avec un sanglier, et va jusqu’à le découper et le cuisiner.

En ville, en temps normal, on valorise surtout l’informatique, les diplômes, les langues ou l’expérience professionnelle. Mais quand tout s’arrête, ce qui vaut de l’or, c’est savoir faire du feu, trouver à manger, préparer un animal, lire le terrain, faire avancer la famille et réagir vite face aux blessures et aux dangers. Koichiro devient le personnage le plus précieux de l’équipe.

Du coup, on se dit : « Avec ce père, ils vont s’en sortir. » Et la série semble avoir tout construit pour briser cette idée.

Il creuse pour déterrer une igname sauvage pour sa fille affamée.
La pelle heurte du métal.
Une bombe non explosée.
Explosion.

Le spécialiste de la survie éliminé en plein tutoriel de cueillette d’ignames.

Il ne meurt pas en affrontant la catastrophe, ni dans un grand sacrifice héroïque. Aussi doué qu’on soit pour survivre, il suffit de tomber une seule fois sur un danger invisible pour que tout s’arrête. Soudain, la règle de la série devient : « on peut mourir juste par malchance. » Ce côté brutal est l’un des points forts de la série, et en même temps l’une des raisons pour lesquelles elle divise. Dans une interview, un spécialiste de la prévention des catastrophes a lui aussi cité la scène de « l’igname et la bombe non explosée » comme particulièrement choquante [16].

9. Si les scènes de catastrophe sont si fortes, pourquoi seulement 3,1 sur Filmarks ?

Sur Filmarks, un site japonais de critiques, l’anime affichait au 26 août 2026 une note de 3,1 sur 4238 avis. 11 % lui donnent entre 4,1 et 5,0 ; 45 %, entre 3,1 et 4,0 ; 30 %, entre 2,1 et 3,0 ; et 14 %, entre 1,0 et 2,0. Les avis sont nettement partagés [17].

Si on n’a vu que le début, on se demande : « Sérieusement, 3,1 ? » La destruction de Tokyo, le fait de ne rien savoir, les inondations, les routes détruites, le manque d’eau et de nourriture : tout frappe fort.

Mais dans les mauvaises notes reviennent des reproches comme « des morts qui tombent de nulle part », « une histoire qui part dans tous les sens » ou « je m’attendais à une survie réaliste, et ça part ailleurs ». Même la page officielle de la version montée pour le cinéma présente la série comme ayant suscité des avis très tranchés à sa sortie en streaming [18].

Si on s’en tient au début, l’intérêt de la série n’est pas d’apprendre les bons réflexes face à une catastrophe. Il est de montrer à quel point la vie quotidienne devient fragile quand on retire, couche après couche, l’immense filet de sécurité qu’est la civilisation.

La tour de Tokyo se brise.
L’hélicoptère tombe.
Les routes se fendent.
L’eau entre sans bruit.
Le sanglier ressemblait à un repas, jusqu’à ce qu’on comprenne qu’on est aussi à son menu.
Et le père le plus fort du groupe explose à cause d’une igname.

Le début de Japan Sinks: 2020, c’est moins un anime catastrophe qu’un test d’endurance où l’on éteint, un par un, les plans de secours de la civilisation.


La suite, même histoire : *Japan Sinks: 2020*, épisodes 7–10 : la catastrophe revient, KITE gèle presque dans un ballon, le senpai sprinteur disparaît dans une vague et, huit ans plus tard, une ville futuriste apparaît

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  • How to talk so kids will listen & listen so kids will talk (édition anglaise)

    Adele Faber, Elaine Mazlish / Avon Books / 1980

    Un livre sur famille, le sujet de cet article.

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